#COMPORTEMENT DE L'INVESTISSEUR
Faut-il vraiment suivre son portefeuille en temps réel ? Un calcul académique répond : à peu près une fois par an.
Publié le 18 août 2026
Benartzi et Thaler ont simulé, à partir des rendements mensuels américains de 1926 à 1990 (base CRSP), l'« utilité prospective » d'un portefeuille selon la théorie des perspectives de Kahneman et Tversky (une perte pèse 2,25 fois plus qu'un gain équivalent). Ils cherchent la durée d'évaluation qui rend actions et obligations également attractives, compte tenu de la prime de risque actions observée (6,5 %/an). Résultat : entre 9 et 13 mois selon la méthode, avec une estimation centrale de 11-12 mois.
Pourquoi la fréquence de consultation change-t-elle la décision ?
Les actions perdent de la valeur sur environ un mois sur trois. Regarder son portefeuille souvent multiplie les occasions de voir une perte ponctuelle — et l'aversion aux pertes pousse alors à se replier vers des actifs plus sûrs, mais moins rentables à long terme.
Autrement dit : ce n'est pas la durée de détention des actions qui pose problème, c'est la fréquence à laquelle on regarde le solde : plus on regarde, plus on souffre de pertes qui n'existent qu'à l'échelle du mois, pas à celle de la décennie.
Trois nuances, parce qu'elles comptent
- Le résultat dépend des paramètres retenus : avec d'autres hypothèses de calcul, les auteurs obtiennent 8-10 mois.
- Il s'agit d'une fréquence de consultation, pas d'un horizon de détention : on peut détenir des actions trente ans sans les regarder plus d'une fois par an.
- L'étude repose sur des rendements américains 1926-1990 ; rien ne garantit que le même calcul donnerait exactement un an sur d'autres marchés ou d'autres périodes.
Ce que ça change quand même : consulter son portefeuille chaque jour, ou même chaque mois, expose à un flux de pertes ponctuelles qui n'existent pas à l'échelle d'une décennie — et qui poussent souvent à des décisions contre-productives.
Pour vous
- À quelle fréquence consultez-vous votre portefeuille ?
- Cette fréquence vous aide-t-elle à décider, ou vous pousse-t-elle à réagir ?
Source : Shlomo Benartzi et Richard H. Thaler, « Myopic Loss Aversion and the Equity Premium Puzzle », The Quarterly Journal of Economics, vol. 110, n° 1, 1995.
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